La Grande Société - to be or not to be!

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Crédits photo : GEORGES GOBET/AFP

Article du Figaro - La "Big Society" de Cameron s'effondre au Royaume Uni - Le 8 Fevrier 2011 Par Thomas Vampouille

 

Le leader conservateur avait fait de la «Big Society» le thème phare de la campagne électorale qui l'a mené au 10 Downing Street. Le projet phare du premier ministre britannique, consistant à transférer massivement des compétences de l'État vers la société civile, se heurte aux réductions budgétaires drastiques qu'il a lui-même imposées.

Le grand projet de David Cameron a du plomb dans l'aile. Le chef du gouvernement britannique avait fait de la «Big Society» le thème phare de la campagne électorale qui l'a mené au 10 Downing Street. Après des années de «Big Government», la «Grande société» devait diminuer le poids de l'État dans la vie publique en transférant un grand nombre de ses compétences à la société civile. Des associations locales devaient par exemple pouvoir gérer des bureaux de poste, des bibliothèques, voire des transports en commun.

À l'époque, le projet avait été dénoncé par l'opposition travailliste comme un moyen pour l'État de faire des économies. Ironie du sort, c'est aujourd'hui le plan de rigueur mis en place par David Cameron lui-même qui est en passe de faire échouer sa «Big Society».

Premier coup dur porté la semaine dernière au projet, l'annonce du désengagement de Liverpool, sa ville-pilote. Pour justifier sa décision, le président du conseil municipal - travailliste - a dénoncé la saignée de 100 millions de livres (118 millions d'euros) imposée par le gouvernement dans les subventions aux associations. «Comment la ville peut-elle soutenir la Big society et son objectif d'aider les communautés à faire plus pour elles-mêmes quand nous allons devoir couper les vivres à des centaines de ces associations vitales ?», a écrit le maire Joe Anderson dans une lettre adressée au premier ministre.

Lundi, un autre soutien de poids s'est retourné contre le gouvernement. Surnommée «la mère de la Big society», Dame Elisabeth Hoodless, directrice de l'organisation de volontariat «Community Service Volunteers» depuis presque 40 ans, a dénoncé dans une interview au Times la «destruction de l'armée des volontaires». Selon elle, au lieu de permettre aux bénévoles de s'engager pour leur communauté, le gouvernement les en empêche avec ses «coupes budgétaires massives» qui pèsent sur les associations. Et de s'interroger : «Est-ce que l'une des deux mains se rend compte de ce que l'autre fait ?».

Car avant de permettre des économies, la «Big society» doit lancer des projets, qui nécessitent des investissements. Pour les financer, le gouvernement avait créé un fond doté de 60 millions de livres (71 millions d'euros). En attendant son entrée en vigueur opérationnelle, prévue pour l'automne prochain, un fond de transition d'urgence de 100 millions de livres destiné aux associations a par ailleurs été mis en place. Insuffisant, selon Ben Kernighan, du Conseil national des organisations bénévoles. «Le volontariat n'est pas gratuit», rappelle de son côté Justin Davis Smith, directeur de l'organisation «Volunteering England».

Au sein même de l'équipe de David Cameron, une anecdote est venue la semaine dernière illustrer ce propos. Lord Nat Wei, chargé par le premier ministre de lancer concrètement le projet - et surnommé à ce titre le «tsar de la Big society» - a annoncé qu'il allait réduire le nombre d'heures qu'il consacre à ce travail. S'il bénéficie d'un bureau, le conseiller travaille en effet gratuitement trois jours par semaine à ce projet. Ce sera désormais deux, son rythme actuel ne lui permettant pas, selon ses dires, d'«avoir une vie», c'est-à-dire de voir sa famille et de… gagner de quoi vivre. Alors que sa «grande passion» prend l'eau de toute part et que l'opinion se retourne contre son plan de rigueur, David Cameron campe sur ses positions. Tout en admettant que la situation est «très difficile», le premier ministre a maintenu le cap de son plan d'austérité, qui vise plus de 90 milliards d'euros d'économies sur quatre ans. Au point qu'on le compare de plus en plus souvent à Margaret Thatcher, la Dame de fer.

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